11.04.2008

Pour un Congrès utile et serein : comment participer?

Chers amis,

L'initiative intitulée « Comment le congrès du PS peut-il être utile aux Français ? » a lancé le mouvement d'une vaste consultation participative, destinée à préparer les échéances qui attendent le Parti socialiste. Je suis heureuse aujourd'hui de vous annoncer l'ouverture du site qui servira de support à la consultation, congresutileetserein.com.

Ce site est un espace de débat ouvert, structuré autour des dix questions posées par les premiers co-auteurs de l'initiative. Il accueille les contributions de toutes celles et tous ceux qui souhaitent participer au renouvellement des idées à gauche, militants et sympathisants du Parti socialiste, citoyens engagés dans le mouvement syndical ou associatif, élus et intellectuels.

La consultation aboutira au début du mois de juillet à la rédaction d'un texte élaboré de manière participative. Pour tenir ce calendrier serré, il est important que vous envoyiez vos contributions personnelles ou vos comptes-rendus collectifs d'ici au 7 Juin (contact@congresutiletserein.com). Les synthèses seront mises en ligne sur le site à partir de la deuxième semaine de juin.

Je compte sur votre mobilisation pour cette étape essentielle à la construction d'un Parti socialiste fort, porteur d'un projet crédible et capable de faire renaître l'espoir chez nos compatriotes. Je souhaite que partout en France et notamment dans vos sections, vous soyez les fers de lance d'une réflexion porteuse de joie et d'avenir.

Amitiés,

Ségolène Royal

--

Si vous souhaitez adhérer en ligne à l'association Désirs d'avenir:
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05.04.2008

Un débat en vue du congrés du PS

Chers amis

Je vous prie de trouver ci-joint l'initiative que nous prenons, en vue du Congrès du Parti socialiste, pour lancer un débat de qualité, utile aux Français. Le texte en a été publié aujourd'hui.

Je compte sur vous pour nous rejoindre et apporter vos idées sur le site qui sera spécialement créé pour vous accueillir. Elles nous permettront d'aboutir à une belle contribution dont nous seront toutes et tous coauteurs.

Amitiés

Ségolène Royal

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Consultation participative : comment le Congrès du PS peut-il être utile aux Français ?


Dans un monde qui se transforme à vive allure et dans une France où même ceux qui se croyaient à l’abri sont en proie à l’inquiétude, les socialistes doivent répondre à de nouvelles questions.

Aujourd’hui la précarité envahit tout, l’initiative économique est en panne, les inégalités n’ont jamais été aussi insolentes, l’incertitude pèse sur le rôle de la France dans le monde. Nous devons apporter la preuve de l’efficacité de l’action politique et la mettre au service de notre idéal commun.

Nous lançons cette consultation participative dans la cohérence des valeurs bâties pendant la campagne présidentielle et dans la volonté de prolonger les voies tracées par les Forums de la rénovation du PS.

Sachant que les questions bien posées permettent les réponses pertinentes, nous pensons utiles de prendre un temps pour bien formuler les questions à trancher (3), en s’appuyant sur les sources d’inquiétudes des Français (1) et sur nos valeurs (2).

C’est pourquoi ce document propose, sur cette base, de lancer des discussions et de susciter des réactions : vous pouvez modifier ou compléter la formulation des thèmes qui vous sont proposés. Un site Internet sera spécialement ouvert pour cela.

Ce questionnaire est une étape très importante pour structurer le travail de fond qui, enrichi par ces échanges, aboutira à une proposition prenant la forme d’une contribution au Congrès du PS.

La consultation s’adresse aux militants du PS, en lien avec les sympathisants et les forces vives qui attendent beaucoup de nous face aux dégradations de toutes sortes commises par la droite.

L’une des questions majeures autour de laquelle s’organise notre réflexion est la suivante : définir les droits et les devoirs des responsables politiques, de la société et des personnes, de telle sorte que la liberté de réussir sa vie ne soit pas le privilège de quelques uns mais l’ambition garantie à tous.



1) Les dix sources d’inquiétude des Français

1. un capitalisme qui perd la tête ;
2. la dégradation du niveau de vie ;
3. les fragmentations et le descenseur social à l’intérieur ; la perte de compétitivité de la France à l’extérieur ;
4. l’affaiblissement de la valeur travail et l’exagération de la valeur du capital ;
5. le trouble qui pèse sur l’identité française, secouée par les peurs de l’autre ;
6. le doute sur l’efficacité de l’Etat ;
7. le scepticisme sur la réalité de l’égalité des chances par l’école ;
8. l’Europe perçue comme indifférente au sort des citoyens ;
9. les désordres du monde et les interrogations sur la fin de l’hégémonie occidentale ;
10. une planète menacée d’autodestruction.


2) Les sept valeurs et objectifs qui nous guident

1. Le monde a changé. Le socialisme doit changer pour rester fidèle à sa mission.
2. Le bien-être de tous exige que l’économie de marché et la concurrence ne dictent pas leur loi désordonnée au service d’intérêts particuliers.
3. La volonté publique et l’Etat organisent la conciliation de l’intérêt général et des préoccupations des gens, notamment à travers les services publics.
4. La lutte contre toutes les formes d’injustices et de discrimination est au cœur du droit de chacun à la réussite individuelle.
5. Les socialistes doivent participer à la construction d’un ordre économique, social et écologique juste, au niveau mondial comme au niveau national.
6. Au niveau national comme au niveau local, le socialisme défend la complémentarité qui unit la démocratie représentative, la démocratie participative et la démocratie sociale.
7. La laïcité est le fondement de la République et de l’identité française, enrichie par le métissage.


3) Les dix questions à trancher

1. Il faut sortir du fossé entre un discours pseudo révolutionnaire dans l’opposition et un conformisme économique au pouvoir : de quelle façon ?
2. Le socialisme ne peut pas se contenter d’aménager le capitalisme financier à la marge : comment produire et répartir autrement la richesse ?
3. Que reprendre des modèles progressistes des autres pays et que rejeter ?
4. Il faut pousser l’agilité des entreprises, le goût du risque et l’esprit d’entreprendre, tout en améliorant la situation des salariés et leurs sécurités sociales. Avec quel compromis ?
5. Il faut rééquilibrer le rapport de force entre le travail et le capital par une meilleure répartition du profit. Quels contre-pouvoirs dans l’entreprise ?
6. Comment rompre avec la redistribution passive et bureaucratique comme principal moyen de s’attaquer aux injustices sociales ?
7. Comment améliorer le projet européen pour ne pas oublier les intérêts des peuples et des pays ?
8. Les peuples du Nord doivent être protégés de la concurrence internationale sans que les peuples du Sud ne soient victimes du protectionnisme. Avec quelles nouvelles règles ?
9. Les Etats et le marché doivent assurer la sauvegarde écologique de la planète : quel nouveau modèle de développement ?
10. Le Parti socialiste doit intégrer toutes les nouvelles formes de militantisme et d’engagement citoyen, ainsi que les réussites du travail des élus locaux. Il doit aussi décider efficacement, avec le sens de la discipline collective. Quelles nouvelles règles communes pour y parvenir sereinement ?

--

Premiers coauteurs de ce document : les membres du conseil politique, qui se réunit le mardi autour de Ségolène Royal, les responsables des groupes de travail (par exemple sur la santé), des présidents de régions et élus qui suivent et participent aux réunions. Cette liste est ouverte à toutes celles et tous ceux qui voudraient participer à l'initiative que nous lançons.

Ségolène Royal
François Rebsamen
Vincent Peillon
Jean Louis Bianco
Manuel Valls
Gilles Pargneaux
Delphine Batho
David Assouline
Guillaume Garot
Aurélie Fillipetti
Michel Sapin
Jean-Pierre Mignard
Jean-Jack Queyranne
Jacques Auxiette
Nadjat Belkacem
Pascal Terrasse
Dominique Bertinotti
Michèle Delaunay
Jean Guerard

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22.01.2008

Un message de Segolene Royal

Chers Amis,

Après Saint-Brieuc samedi dernier, ville où Danielle Bousquet est en campagne, je me suis rendue hier à Strasbourg aux côtés de Roland Ries. Là encore, l’atmosphère était très chaleureuse ; et là encore, j’ai vu un parti socialiste en ordre de bataille, pleinement mobilisé pour reprendre la ville à la droite.

À cette occasion, nous avons tous deux déploré les promesses non-tenues de Nicolas Sarkozy. Car avec lui, plus que les lendemains qui déchantent, ce sont les lendemains qui pleurent. Après avoir traité de l'économie solidaire dans un restaurant coopératif, nous avons rappelé l'absence de baisse du chômage, qui ne cesse de toucher très fortement les jeunes.

Nous avons également mis en cause le recul de l'État sur les solidarités essentielles, avec en particulier l'instauration des franchises médicales. Dans le quartier sensible du Neuhof, Roland Ries m’a fait rencontrer une association d'aide à l'insertion des femmes d'origine étrangère : magnifique initiative, source de sociabilité et de convivialité, dans un quartier délaissé par l’équipe municipale en place. Merci aux bénévoles, aux animateurs, aux travailleurs sociaux d’entretenir ainsi l’espoir !

Avec des personnes âgées, nous avons participé à un thé dansant qui se tenait dans le quartier Hautepierre : j’ai senti le mécontentement de beaucoup contre un gouvernement qui avait promis d’augmenter le minimum vieillesse et les petites retraites, et qui n’a encore rien fait. Nicolas Sarkozy a déclaré qu'il ferait une lecture nationale des résultats aux élections locales. Face à la politique du pire, nous devons donner lui un bon avertissement en votant massivement pour les candidats de la gauche !

Dans la matinée, je m'étais rendue sur le site de Sony France à Ribeauvillé, dans le Haut Rhin, où 230 emplois sur 719 sont menacés. Les salariés sont frappés par leur cinquième plan social en l’espace de quelques années, résultat d’un manque complet d’anticipation des mutations industrielles.

A la fin des mes entretiens avec les syndicats et la direction, je suis sortie de l’usine où m’attendait une centaine d’ouvriers. La presse, qui n’avait pas eu l’autorisation d’entrer, a calmement forcé le barrage et pu rencontrer les salariés du site.

J’ai rappelé les exigences suivantes : la France devait enfin se doter d’une véritable politique industrielle, notamment en matière de sous-traitance ; il n’y aurait pas de fatalité à la désindustrialisation si tout était fait pour pousser les entreprises à innover et anticiper ; il fallait que l’Europe trouve les moyens de se protéger et de s’organiser ; enfin, la formation tout au long de la vie ne devait pas rester une incantation, mais devenir une réalité !

Merci à tous ceux qui m’ont accueilli avec tant de gentillesse et qui m’ont accordé leur confiance ! Je leur souhaite bon courage dans leur lutte ! Je suivrai ce dossier attentivement et écrirai dans les prochains jours à la direction de Sony-Europe.

¤¤¤

Dans le train du retour, j’ai appris en lisant le journal Le Monde que la France allait installer une base navale à Abou Dabi, en face des côtes iraniennes. C'est une décision lourde de sens qui a été prise en catimini par le chef de l'État, sans débat au Parlement, en nous plaçant devant le fait accompli.

Quel signal souhaite ainsi envoyer Nicolas Sarkozy ? Cherche-t-il à être le meilleur élève de la « classe Atlantique », au moment où le Royaume-Uni fait entendre sa différence ? Cherche-t-il à provoquer sciemment l'irréversible en créant les conditions d'une montée des extrêmes dans la région ? Comment justifier ces positions « bottées » au moment où il dissémine les centrales nucléaires un peu partout au Moyen-Orient ? Où est la cohérence ?

La fermeté face à l'Iran est une nécessité. J'ai été la première à avertir des dangers de la politique d'enrichissement d'uranium menée par Téhéran. Mais cette fermeté doit être efficace et ne pas conduire à l'escalade, ainsi que l'ont compris aussi bien les candidats démocrates à l'élection présidentielle américaine que l'ancien secrétaire d'État républicain James Baker.

L'Iran doit se conformer à ses obligations internationales, mais jamais la politique du « bâton » n'a réussi à créer les conditions de la sécurité et de la stabilité. Plutôt que de se lancer dans une surenchère suiviste de G. W. Bush, la France doit faire entendre la voix de la raison et proposer à l'Iran les voies d'une sortie par le haut.

Il est encore temps d'éviter le pire : offrir à l'Iran de s'intégrer pacifiquement à la communauté internationale, ainsi que le préconise le rapport Baker. Et puisque le président de la République est prêt à « discuter avec tout le monde » (Vladimir Poutine, Mouammar Khadafi, le roi Abdallah etc...), qu'il aille à Téhéran avant qu'il ne soit trop tard, ainsi que Nixon l'avait fait avec la Chine !

À très bientôt,
Amicalement,

Ségolène Royal




Le déplacement à Colmar
http://socialistes.canalblog.com/


Le 19-20 de France 3
http://jt.france3.fr/regions/popup.php?id=b67a_1920

Visite de l'usine SONY
http://www.lalsace.fr/




Vous trouverez ci-dessous la liste de mes prochaines échéances :

Je suis invitée au Grand Jury RTL dimanche 20 janvier, de 18H30 à 19H30, et à l’émission de Michel Drucker Vivement Dimanche le 27 janvier.

Je poursuis mes déplacements dans les villes où les candidats socialistes en campagne ont sollicité ma présence : Tours le 24 janvier, Chartres le 25, Argenteuil le 30, Villeurbanne et Vaulx-en-Velin le 14 février.

Je profite de l’occasion pour vous signaler un déplacement aux Etats-Unis la première semaine de février, à l’invitation de Philippe Aghion, professeur d’économie à l’Université Harvard. Je vous en reparlerai très prochainement !

03.01.2008

En route pour de nouveaux défis

FRANCE 2 - LES 4 VERITES – Le 03/01/2008 – 07 :47
Invitée : Ségolène ROYAL, présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes


Thierry BECCARO
07h47, TELEMATIN, voici « Les 4 vérités ». Jeff WITTENBERG reçoit aujourd'hui Ségolène ROYAL, la présidente du Conseil régional de Poitou-Charentes. Bonjour.

Jeff WITTENBERG
Bonjour à tous et en effet, bonjour à vous, Ségolène ROYAL.

Ségolène ROYAL
Bonjour.

Jeff WITTENBERG
C'est votre première intervention d'importance en 2008, merci de la réserver à FRANCE 2. Alors, on sait le vœu que vous aviez formé pour 2007, devenir présidente de la République. En 2008, qu'est-ce que vous aimeriez que l'on vous souhaite, en ce début d'année ?

Ségolène ROYAL
D'abord, moi, je voudrais, en 2008, que la France avance, et qu'elle avance avec tout le monde et pas seulement avec quelques-uns, ceux qui peuvent s'en sortir, et je souhaite aussi que la France puisse consolider les garanties fondamentales de chacun, c'est-à-dire se soigner, se loger, faire réussir ses enfants à l'école, recevoir le juste salaire de son travail ou avoir une couverture sociale lorsque l'on est âgé et que l'on a aujourd'hui des retraites en dessous du minimum vital. Voilà ce que je souhaite pour la France.

Jeff WITTENBERG
Vous faites des vœux pour les autres, mais pas pour vous, personnellement, dans cette année.

Ségolène ROYAL
Moi, je suis au service, d'abord, de la gauche, de la France aussi, parce que j'ai une responsabilité en tant qu'ancienne candidate à l'élection présidentielle, qui ai soulevé beaucoup d'espoir, qui ai reçu beaucoup d'amour, qui en ai aussi beaucoup donné au peuple français et bien sûr en cette année je compte aller jusqu'au bout de ce que j'ai entamé, au cours de cette campagne présidentielle, pour rénover la gauche.

Jeff WITTENBERG
On va y revenir. Tout d'abord, on va évoquer les vœux, d'autres vœux, ceux du président de la République, de Nicolas SARKOZY, qui a dit, lui, que tout ne peut pas être réglé en un jour, une manière de dire que tous les résultats, effectivement, ne peuvent pas être… aboutir, plutôt, en sept mois, avec un Baril de pétrole à 100 $, comme on l'a vu hier ; est-ce que vous lui accordez, au moins, des circonstances atténuantes ?

Ségolène ROYAL
Non, parce que chacun savait que le Baril de pétrole atteindrait ce prix là, il est le prix, d'ailleurs, pour tout le monde. D'autres pays européens réussissent…

Jeff WITTENBERG
C'est un frein à la croissance, quand même.

Ségolène ROYAL
D'autres pays européens, malgré ce handicap, arrivent à avoir de la croissance et surtout à bien répartir les fruits de la croissance, donc il fallait anticiper. Aujourd'hui, le Grenelle de l'environnement n'a eu aucune concrétisation, par exemple comment se fait-il qu'aujourd'hui encore, en France, il y ait des permis de construire qui soient délivrés sans l'obligation d'intégrer les énergies renouvelables ? Voilà par exemple, ce que je fais dans la région que je préside, aujourd'hui j'ai 5 lycées chauffés au bois et donc il y a des façons de faire, des façons d'anticiper, il n'est pas trop tard, mais il faut que le Grenelle de l'environnement se traduise par des effets concrets pour justement contrecarrer la hausse du prix du pétrole. C'est une chance, si on le veut, la hausse du prix du pétrole, parce que ça permet aussi le développement de, enfin, de nouvelles technologies propres.

Jeff WITTENBERG
Sur les vœux du président, une expression a retenu l'attention, il parle d'une « politique de civilisation ». Vous, vous ne la goûtez pas spécialement, cette formule, en tout cas dans la bouche de Nicolas SARKOZY. Pour quelle raison ?

Ségolène ROYAL
Ecoutez, voyez, je vous ai apporté, parce que je crois que ça n'a jamais été montré, ce plagia, c'est-à-dire « Une politique de civilisation », c'est une très belle expression, qui est une expression d'Edgar MORIN, dans un dialogue avec Sami NAÏR, Edgar MORIN qui est un grand, un des plus grands intellectuels français, qui explique dans ce livre, que la politique doit toujours être globale, c'est-à-dire on ne peut pas dire aux Français « débrouillez-vous individuellement ». Il ne peut pas, dit-il, y avoir de croissance économique sans justice sociale.

Jeff WITTENBERG
Mais ça, Nicolas SARKOZY ne dit pas le contraire.

Ségolène ROYAL
Si, il fait le contraire, c'est ça la différence. Il fait le contraire, c'est-à-dire qu'il pense, et on le voit dans ce qu'il propose sur la politique sociale, il dit aux Français : « débrouillez-vous dans vos entreprises » par exemple pour avoir le paiement des heures supplémentaires, ou « remettez en cause les 35 heures, entreprise par entreprise », alors qu'une politique de civilisation exige au contraire que l'homme soit pris dans sa globalité, c'est-à-dire qu'il ne faut pas fragiliser le contrat de travail si l'on veut au contraire que les entreprises soient performantes, qu'il ne peut pas y avoir de croissance économique en creusant les inégalités, mais bien au contraire. Or, aujourd'hui, on a quoi ? On a la croissance des inégalités, sans la croissance économique. Et ce que dit Edgar MORIN dans « La politique de civilisation », c'est que tout se tient, que l'un ne va pas sans l'autre, que si l'on touche au contrat de travail, ou que si l'on donne de la flexibilité, ou de l'agilité aux entreprises, en contrepartie, au contraire, il faut sécuriser les salariés pour qu'ils soient bien motivés dans leur travail.

Jeff WITTENBERG
Ségolène ROYAL, vous avez évoqué il y a un instant, les questions d'environnement. Aujourd'hui même, on l'a dit dans les journaux, José BOVE entame une grève de la faim pour demander un moratoire sur les cultures OGM. Le gouvernement a annoncé pourtant un gel, notamment du fameux MONSANTO 810, le maïs transgénique incriminé. Vous approuvez, quand même, José BOVE, dans sa démarche, grève de la faim ?

Ségolène ROYAL
D'abord, le gouvernement n'a pas tenu sa parole, il avait promis un moratoire des OGM, ça n'a pas été fait. Pourquoi ? Parce qu'il y a eu la pression, en effet, des grandes firmes capitalistiques, multinationales, comme MONSANTO. Geler l'hiver, ça n'a aucun sens, puisqu'on ne sème pas l'hiver et donc José BOVE exige que la parole soit tenue, tout simplement et…

Jeff WITTENBERG
Donc vous approuvez sa grève de la faim.

Ségolène ROYAL
Mais bien sûr. Mais bien sûr.

Jeff WITTENBERG
Vous le soutiendrez, éventuellement, vous irez le voir ?

Ségolène ROYAL
Vous savez, il y a en Europe 17 régions, dont la mienne, qui ont décrété, déjà il y a trois ans, le moratoire des OGM. Pourquoi ? Parce que ça porte atteinte à la santé publique, donc ce que je demande c'est le moratoire sur les OGM et la publication, c'est-à-dire la transparence, de toutes les études qui montrent, qui démontent les problèmes d'impact des OGM sur la santé publique et sur l'agriculture.

Jeff WITTENBERG
Vous irez voir José BOVE, vous irez le soutenir dans sa…

Ségolène ROYAL
Mais pourquoi pas ? Vous savez, ce n'est pas la première fois que je le soutiens et je pense que, qu'il y ai des hommes, comme ça, qui s'engagent très fortement, pour qu'il y ait une morale en politique et que la parole soit tenue et qu'en plus sur des sujets de société majeurs qui concernent la santé publique, eh bien je crois que c'est bien, que c'est courageux et que ça mérite d'être soutenu.

Jeff WITTENBERG
L'agenda social est chargé, les 35 heures pourraient être réformées, selon le gouvernement, ainsi que le contrat de travail que le gouvernement souhaite voir évoluer. Sur ces questions, vous donnez peut-être un gage, disons vous demandez à voir ce que va faire le gouvernement ? On sait par exemple que les 35 heures, vous avez toujours eu un discours assez mesuré, disons que ce n'est pas toujours un progrès. Qu'en est-il, aujourd'hui ?

Ségolène ROYAL
Il faut faire des réformes, là-dessus je n'ai jamais eu de discours ambigu. Il faut faire des réformes, mais il faut les faire correctement. Moi, j'ai été très étonnée dans le discours de Nicolas SARKOZY, lorsqu'il a décrit l'exaspération des Français. C'est quand même étonnant. Il a été élu, précisément, non pas pour décrire l'exaspération, des Français, pour la constater, mais pour y mettre fin. Aujourd'hui, il est le président de l'exaspération. Et sur l'agenda social, eh bien reprenons la politique de civilisation, c'est-à-dire que tout se tient, on ne peut pas toucher au contrat de travail, c'est-à-dire mettre en œuvre un projet comme celui qui est imaginé, de rupture à l'amiable, d'un contrat de travail, sans prévoir l'intervention d'un médiateur ou d'un juge qui va vérifier qu'il n'y a pas eu la loi du plus fort sur la loi du plus faible. On ne peut pas dire aux salariés : « débrouillez-vous tout seuls sans vos entreprises pour négocier les 35 heures ». Donc, là aussi, il faut une approche globale, c'est-à-dire à la fois des initiatives individuelles, parce que je crois que les libertés individuelles, la responsabilité individuelle, sont importantes, mais des garanties collectives et des sécurités collectives qui, elles, sont aujourd'hui dangereusement fragilisées.

Jeff WITTENBERG
On va parler de Ségolène ROYAL, auteur. Votre livre : « Ma plus belle histoire, c'est vous », se vend très bien, je crois, 120 000 exemplaires, m'avez-vous dit. Comment vous expliquez ce succès ? Que cherchent vos lecteurs, selon vous ? Comprendre pourquoi vous n'avez pas gagné ou savoir, ce qui est peut-être le plus important, ce que vous allez faire maintenant, parce que ça c'est quand même le grand mystère ?

Ségolène ROYAL
Oui, je suis très contente de ce grand succès. Je crois que ce que demandent, ce qu'attendent les lecteurs de ce livre, c'est de comprendre, peut-être de revivre aussi des évènements très forts et très denses de cette campagne, avec un échange affectif très fort…

Jeff WITTENBERG
Et l'avenir, alors, madame ROYAL, vous êtes…

Ségolène ROYAL
Et l'avenir aussi. Bien sûr…

Jeff WITTENBERG
Vous aviez dit en décembre : « Je dirai en janvier ce que je vais faire, si je prends, si je m'intéresse ou non à la tête du PS ». Alors, on est en janvier et j'ai envie de vous dire : « alors, qu'est-ce que vous avez décidé ? »

Ségolène ROYAL
Ce que je peux vous dire, en tout cas très simplement et avec beaucoup de détermination, c'est que je sens qu'il y a de plus en plus d'hommes et de femmes qui, en effet, se tournent vers moi et se demandent comment est-ce que l'on peut collectivement faire en sorte que les idées du Parti socialiste soient rénovées. Le Parti socialiste s'y est d'ailleurs attelé, dans plusieurs forums, mais moi j'ai bien l'intention de m'engager à fond, de servir à fond à la fois le Parti socialiste, en m'y impliquant totalement. Les élections municipales, aussi, qui sont là, qui sont l'occasion de dire beaucoup de choses et notamment sur la conception de la politique et sur la démocratie participative, au quotidien, et sur l'efficacité de la politique, je crois que c'est ça qu'attendent les Français.

Jeff WITTENBERG
Madame ROYAL, vous y impliquer totalement, ça peut vouloir dire que vous pourriez concourir au poste de Premier secrétaire du PS qui va être vacant dans quelques mois ?

Ségolène ROYAL
Il faut d'abord réussir les étapes précédentes. Si je réussis les étapes précédentes, c'est-à-dire en effet mobiliser beaucoup d'intelligence, comme je le fais en ce moment, pour continuer à bouger les lignes politiques, tel que je l'ai fait pendant la campagne présidentielle, avoir la capacité de faire une offre politique qui montre comment on peu résoudre aujourd'hui les problèmes qui se posent, en France, sans, je l'ai dit tout à l'heure, déconnecter d'un côté la croissance, de l'autre les inégalités, montrer que tout se tient et avoir des réponses structurées et donc faire en sorte que l'on puisse rassembler les socialistes…

Jeff WITTENBERG
Si les conditions sont réunies, qu'est-ce que vous ferez, alors ?

Ségolène ROYAL
Oui, plus définir ce qui est aujourd'hui une nouvelle force politique à gauche, eh bien si je suis capable de rassembler les socialistes sur cette offre politique, à ce moment-là j'irai jusqu'au bout de cette démarche.

Jeff WITTENBERG
Je vous remercie. Très bonne journée à vous, Ségolène ROYAL. C'est à vous Thierry, et merci. Bonne journée.

Thierry BECCARO
Merci beaucoup. Bonne journée.

16.12.2007

Le Munich de l´écologie, de Paul Ariès

Une fois n´est pas coutume, pour nourrir le débat de Désirs d´Avenir, un texte d´un blog ami, No Parsaran (http://nopasaran.samizdat.net/sommaire.php3), mais différent dans ses conceptions de la politique: Il n´empêche, beaucoup de textes de ce blog sont de qualité et Paul Ariès, co-organisateur du contre-Grenelle de l’environnement, rédacteur à La Décroissance, directeur de la rédaction du Sarkophage, a écrit clairement ce que nous pressentions, tous. A lire absolument


Dossier Pour un autre Grenelle de l’environnement


Nicolas Sarkozy parle de « révolution verte ». Le patronat français, Medef et CGPME, se déclare grandement satisfait. Les syndicats, par la voix de François Chérèque saluent un processus positif. Corine Lepage (Modem et Cap 21) est aux anges. Le parti socialiste applaudit les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy. L’Union européenne se dit comblée par la voix de son Président. Al Gore a passé commande d’un Grenelle mondial à Sarkozy. Preuve que la vison sarkozyenne de l’écologie est bien « mondialement compatible » sans rien changer à la puissance des grands groupes et aux logiques économiques dominantes. Preuve une fois de plus que le sarkozysme est la version française de la révolution conservatrice mondiale qui balaie la planète depuis les années quatre-vingt. Nous avions donc raison de dire lors du contre-Grenelle de l’écologie le 6 octobre à Lyon que si le Grenelle sera sarkocompatible, le sarkozysme n’est pas, lui, écolo-compatible.

Munich de l’écologie politique car l’idée qu’une « Union sacrée » soit possible autour du sarkozysme sous le prétexte de la défense de l’environnement a finalement triomphé. Comme si l’écologie n’était pas une affaire de choix de société avec nécessairement des perdants et des gagnants : la grande question étant de savoir qui des pauvres ou des riches paiera la crise écologique.

Munich de l’écologie politique car il impose l’idée qu’on pourrait obtenir des avancées sans constuire d’abord un rapport de force face à la puissance des lobbies économiques et nucléocrâtes.

Ce Grenelle de l’environnement est une défaite de l’écologie que nous paierons très cher. Il retarde le moment où il faudra bien apprendre à vivre mieux avec beaucoup moins ce qui suppose d’abord un autre partage des ressources entre les riches et les pauvres. Dans l’attente du grand soir promis par Sarkozy au nom de sa “ révolution verte ” et de l’extinction durant cinq minutes de nos ampoules électriques, souvenons-nous que le 22 avril 1970, vingt millions d’américains avaient participé au “ premier jour de la Terre ”, qu’à cette occasion la 5e avenue de New York avait même été fermée à la circulation. Nous avons vu combien cette écologie des bons sentiments est un marché de dupes. Trente ans plus tard, les crises environnementales et sociales sont encore plus dramatiques.

Que penser des mesures prises par le Grenelle officiel ?

On nous parle de geler les constructions d’autoroute et d’aéroports Cette promesse est un marché de dupes

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13.12.2007

Soutien au projet Mediapart

Chers amis, chères amies de Désirs d’Avenir,


Toutes les initiatives audacieuses qui tentent de changer la situation de la concentration de la presse méritent d’être soutenues, au nom de la liberté de l'information et du pluralisme.

C'est le cas du récent projet MediaPart, né de la rencontre entre des professionnels du journalisme et des spécialistes du Web, parmi lesquels Edwy Plenel, François Bonnet, Laurent Mauduit et Benoît Thieulin.

Présenté sur le site mediapart.fr , ce projet de site d'information participatif, financièrement indépendant et exigeant éditorialement, cherche à inventer une réponse ambitieuse "aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui fragilisent l'information en France.

Pour voir le jour d'ici mars 2008 et avoir les moyens de rester indépendant, MediaPart fait appel aux pré-abonnements, pour un montant de 9 € par mois (de 5 € pour les moins de 25 ans et les chômeurs).

Au nom du pluralisme des médias, je vous invite à leur donner leur chance en vous abonnant.

Merci de ce geste militant qui s’inscrit dans la logique de la démocratie participative.


Ségolène



Si vous souhaitez adhérer en ligne à l'association Désirs d'avenir : http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=adhesion

05.12.2007

Ségolène Royal commente l´actualité

Chers amis de Désirs d’Avenir,


L’actualité de ces derniers temps m’inspirent quelques réactions dont vous pouvez débattre sur le site.


Voyage de Nicolas Sarkozy en Chine : service minimum pour les droits de l’Homme.

Au delà de la communication sur les contrats industriels qui étaient pour la plupart déjà signés et des déclarations d’intention sur la nécessaire réévaluation du yuan, de nombreuses ONG, en particulier Reporter Sans Frontières, déplorent déjà la quasi-absence de déclarations tangibles sur les droits de l’Homme.

L’absence de la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme Rama Yade est révélatrice. Mais de là à déclarer que la Chine avait effectué des « progrès depuis 30 ans » sur la question des droits de l’homme, il y avait une ligne rouge que la décence imposait de ne pas franchir.

A moins de huit mois des prochains Jeux olympiques, alors que monde a le regard tourné sur la Chine, la France avait la responsabilité historique de rappeler qu’elle n’oubliait ni le Tibet, ni Tien an Men, ni les exécutions continues – et croissantes – d’opposants politiques. Les contrats, surtout ceux déjà signés, ne permettent pas tout.

La France ne gagnera pas le respect des Chinois en mettant de côté ses valeurs fondamentales : les Allemands souvent très durs avec Pékin, se sont toujours mieux imposés que la France sur le marché chinois. Les parts de marché que les entreprises françaises doivent gagner dans ce pays ne sont pas incompatibles, loin s’en faut, avec un discours ferme et équilibré sur l’Etat de droit, la démocratie et les droits de l’homme. C’est cela une démocratie qui marche sur ses deux jambes. La France ne doit plus être arrogante avec les faibles et faible avec les forts. Elle doit être fidèle à elle-même, constante dans ses convictions pour mieux promouvoir ses intérêts.



Elections en Russie, visite du Colonel Kadhafi en France

Comme l’a dit François Loncle à l’Assemblée Nationale, au lendemain des élections législatives russes, les accusations de fraude massive, de pressions et de malhonnêteté se sont multipliées en Russie et dans le monde. Et Nicolas Sarkozy ne trouve rien de mieux à faire que de se précipiter au téléphone pour féliciter chaleureusement M. Poutine alors que les dirigeants de l’Espagne, de l’Italie, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, ainsi que le gouvernement allemand, soulignent que ces élections n’étaient ni équitables, ni libres, ni démocratiques ! Pourquoi ce coup de téléphone pour le moins hâtif et imprudent, cette caution supplémentaire à un régime de plus en plus autoritaire ? Voila qui contredit totalement les engagements de M. Sarkozy, qui déclarait en mai dernier : « ce n’est pas parce que la Chine et la Russie sont de très grandes puissances que l’on doit s’interdire de dénoncer les violations des droits de l’homme ». Et de donner comme grand objectif à sa politique étrangère de promouvoir les droits de l’homme partout dans le monde.

La Realpolitik devient un cynisme difficilement supportable qui va culminer lors de l’accueil du colonel Kadhafi pour une visite d’Etat, contrairement à ce que font tous les pays de l’Union européenne, quelle appréciation portez-vous sur ces dérives ? Cette visite en France est intolérable alors que les tortures en prison sont désormais connues de tous.



Pouvoir d’achat


Parmi les annonces faites, je remarque que Nicolas Sarkozy a repris nombre de propositions que j’avais faites pendant la campagne :
- la réforme de l’indice des prix,
- le bouclier logement et les cautions,
- la taxation des compagnies pétrolières pour baisser le coût de l’énergie (alors que jeudi dernier il affirmait que ce n’était pas possible à cause des risques de délocalisation !).

mais il reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre : le doublement de l’aide à la cuve + 75 euros sera repris par la redevance télé à laquelle les personnes âgées vont être assujetties (+ 116,50 euros).



Quand Nicolas Sarkozy récupère le travail des entreprises françaises : l’imposture !

A chaque visite, ses soi-disant milliards de contrats. Comme si son seul déplacement était à l’origine de ces contrats alors même que la plupart de ces contrats étaient déjà signés. A ce compte là, il peut faire le tour du monde, partout où les entreprises sont présentes !

Mais pas un mot sur les délocalisations qui s’accélèrent. Depuis quelques jours, les grandes entreprises annoncent qu’elles envisagent des délocalisations :

- Airbus qui a annoncé qu’il veut produire en zone dollar ;
- Dassault qui lui emboîte le pas dimanche ;
- Alstom aujourd’hui

Quelles actions et quelle riposte de Nicolas Sarkozy à ces délocalisations ? Peut-on sérieusement s’attribuer des contrats et pas les délocalisations qui sont d’ailleurs intégrées dans certains contrats ?


Il faut de la clarté et de la vérité.

Ségolène Royal

27.11.2007

Le code du travail va être réécrit ...

Le code du travail va être réécrit en quelques heures à l’Assemblée nationale, le 27 novembre et le 4 décembre

Par Gérard Filoche, inspecteur du travail.




En 2005, une commission de cinq « rédacteurs » avait été mise en place et il était prévu de publier le nouveau code en mai-juin 2006 si la grande mobilisation victorieuse contre le CPE ne l’avait empêché. Au forcing, l’UMP a glissé dans la loi « sur le développement de l’actionnariat salarié », publiée le 30 décembre 2006, un « cavalier parlementaire », l’article 57, renouvelant les délais du 1er janvier au 30 septembre. Puis le ministre Gérard Larcher a annoncé qu’ils allaient le passer avant la présidentielle. Tous les syndicats ont protesté : « Ne faites pas de coup de force, pas à marche forcée ! » Mais Larcher, Villepin, Chirac et Sarkozy l’ont imposé quand même, le 7 mars, en Conseil des ministres. On a donc pu, dans ce pays, en dépit de l’opposition totale des syndicats, changer le code du travail de fond en comble.



On est, depuis le 1er octobre, dans une zone de non-droit : quel code s’applique, l’ancien ou le nouveau ? La partie réglementaire serait prête le 1er janvier 2008, applicable le 1er mars 2008 au plus tard. La partie législative n’entrerait, semble-t-il, mais c’est contesté, en vigueur qu’à ce moment-là.



Sur le fond, ils n’ont rien simplifié, ils ont complexifié : « Plusieurs mois, voire plusieurs années seront sans doute nécessaires pour que ce nouveau code révèle tous ses secrets », a reconnu Christian Redé, l’un des cinq rédacteurs du « comité d’experts ».



Il y avait 271 subdivisions, on en arrive à 1 890. Il y avait 1 891 articles de loi, il y en a 3 652 ! Ils ont déclassé près de 500 lois en décrets modifiables à l’avenir… sans repasser par le Parlement. Ils font s’écrouler toutes les jurisprudences, abrogent des articles clés, restructurent le fond théorique et pratique du code. Tout est modifié. Dans les questions d’hygiène, de santé, de sécurité, les obligations des employeurs sont devenues un élément avec « les obligations des travailleurs » faisant partager les risques et responsabilités avec les salariés – ce qui est un recul décisif d’un siècle !



Certaines catégories de salariés sont externalisées vers d’autres codes : salariés agricoles, assistants maternels, salariés du transport, des mines, de l’éducation, marins, dockers. Les contrats de travail sont de plus en plus précaires avec la permissivité à l’égard du marchandage du prêt de main-d’œuvre : intérim et CDD, salariés détachés, pigistes, indépendants, etc. Les moyens de contrôle de l’inspection du travail sont démantelés, ainsi que les obligations d’information de l’employeur (registres, affichage). On a une quasi-suppression du droit pénal du travail : plus de sanctions prévues en récidive pour les employeurs. Les prud’hommes sont quasi supprimés, le nombre de délégués baisse. La question de la durée du travail est renvoyée à la partie « salaires ».



L’apprentissage a été chassé de la partie « contrat de travail » pour être renvoyé à la formation professionnelle. Le droit de grève a été introduit dans la partie « négociation collective » alors que c’est un droit constitutionnel non négociable. L’inspection du travail, indépendante des gouvernements en place du fait de la convention 81 de l’Organisation internationale du travail, a été renvoyée dans la partie « administration du travail ».



Tous les professionnels – syndicalistes, inspecteurs du travail, juristes, avocats, magistrats – signent des pétitions, des appels contre ce massacre. Des recours devant le Conseil d’Etat ont été déposés contre cette étrange procédure, alors le gouvernement envisage de passer par l’Assemblée plus tôt que prévu : le 27 novembre en commission. Ce n’est pas un classique débat parlementaire, il s’agit de ratifier une ordonnance. On peut encore rétablir ce qui a été supprimé (nous avons fait le travail, avec quelques inspecteurs du travail, et proposons environ quatre cents modifications pour réintroduire le droit constant).



Le code du travail, c’est le droit le plus intime, le plus quotidien, pour seize millions de salariés du privé, mais aussi le droit le moins connu, le plus contesté, le plus fraudé. C’est la base de l’Etat de droit dans l’entreprise. C’est le seul droit qui protège – trop fragilement – et contribue à fixer le coût de la force de travail de 91 % de la population active.



C’est un droit évolutif, élaboré en cent trente ans, avec des hauts et des bas, minutieusement, sous l’impact des luttes sociales et politiques. Chaque ligne, chaque article, chaque alinéa représente de la sueur et des larmes, des souffrances et des grèves, des victoires et des échecs, produits de toute l’histoire des mouvements sociaux de notre pays. C’est un texte de notre droit qui ne devrait pas être réécrit. Ce qui est effrayant, c’est le silence général, déterminé, étouffant sur une telle affaire. Pas de une. Pas de débat. Pas d’explication. Motus et bouche cousue de tous. Il paraît que c’est « trop compliqué » pour « intéresser les gens » alors que la vie de seize millions de salariés en dépend et qu’ils savent, souvent instinctivement, ce qui va en résulter pour eux : des conditions de travail dégradées, une souffrance accrue, une protection moindre, des salaires bloqués et des droits syndicaux diminués.



Source : Démocratie & Socialisme

04.11.2007

Une contribution sur Guy Moquet

Une contribution de René Fiévet pour ceux que l´histoire et ses interprétations intéresse.

Avertissement: ceux qui ne s’intéressent pas à l’histoire contemporaine, et aux relations entre histoire et mémoire, peuvent passer leur chemin. Mais je pense qu’ils sont nombreux sur ce site à s’y intéresser, ne serait-ce que parce que la politique n’est jamais loin quand il s’agit de l’histoire. D’ailleurs, à la fin de ce texte, il sera brièvement question de Sarkozy.

Une dizaine de jours après la lecture de la lettre de Guy Môquet dans les établissements scolaires de France, il est temps que l’histoire reprenne ses droits. Comme l’a dit Pierre Nora, l’historien des “lieux de mémoire”, plus on commémore et moins il y a d’histoire. Ce qui vient de se passer ne fait pas exception.

Il s’est dit et écrit beaucoup de choses sur le drame des fusillés de Châteaubriant. Beaucoup de choses exactes bien sûr, mais aussi des inexactitudes. Comme vous, je suppose, j’ai longtemps pensé que Guy Môquet figurait sur la liste des 61 communistes livrés par Pucheu aux Allemands pour figurer parmi les otages. Pourquoi ne l’aurais-je pas pensé puisque c’est ce qu’on n’arrête pas de nous dire, et d’écrire, et qu’au surplus Guy Môquet était effectivement communiste, et qu’il fut fusillé ? Et pourtant, c’est inexact.

L’historien Jean-Marc Berlière (« Le sang des communistes » – 2004) a consulté dans les archives la liste de ces “communistes particulièrement dangereux” (celle fournie, le 20 octobre, par le Ministère de l’Intérieur au général Auto Von Stulpnagel, chef de l’administration militaire allemande, le MDB) : le nom de Guy Môquet n’y figure pas. Figurent sur cette liste seulement 17 des 27 fusillés de Châteaubriant.

Pourquoi n’est-il pas sur la liste? Il y a de très bonnes raisons à cela:
- Guy Môquet était certes un jeune militant communiste, mais certainement pas du genre “particulièrement dangereux”; il n’était pas difficile de trouver parmi les internés au moins 61 communistes plus dangereux que l’adolescent ;
- Pucheu était peut-être un anticommuniste viscéral, mais ce n’était pas un imbécile. Les exécutions d’otages avaient commencé dès le mois de septembre et suscitaient une immense émotion en France: livrer un gosse de 17 ans au peloton d’exécution aurait été la pire des fautes vis-à-vis d’une opinion publique bouleversée par le drame qui se nouait;
- et peut-être y avait-il une part d’humanité chez Pucheu, comme il peut y en avoir chez n’importe quel salaud: fusiller un adolescent qui avait été pris, un jour d’octobre 1940, avec un poème d’inspiration communiste dans la poche, c’était quand même cher payé.

La chronologie des faits est éclairante: dès le 20 octobre, les 17 de la liste sont confinés dans un baraquement du camp de Choisel-Châteaubriant. Guy Môquet n’en est pas. On sait que le 22 octobre, jour de sa mort, il a écrit 3 lettres. Écrite tôt le matin, la première est une lettre à sa mère, assez anodine, dans laquelle, de toute évidence, il ne se doute de rien. Puis on lui annonce qu’il fait partie des condamnés, d’où la deuxième lettre que tout le monde connait. Finalement, il griffonnera un petit mot à Odette, un “flirt” parmi la quarantaine de récentes internées de l’UJFF, rencontrée quelques semaines auparavant.

Que s’est-il passé ? les Allemands ont rajouté 10 otages aux 17 communistes “particulièrement dangereux” du camp de Choisel . Pourquoi ont-ils choisi Guy Môquet ? Parce qu’il était jeune justement ; il fallait faire un exemple, envoyer un message à toute la jeunesse française: elle ne serait pas à l’abri des représailles. La jeunesse ne serait pas une excuse. Pour la même raison, le même jour, à Nantes, un autre jeune de 17 ans sera fusillé: André Le Moal, étrangement oublié par l’histoire. Et pourtant, contrairement à Guy Môquet, on peut le qualifier de “résistant”, même si sa résistance ne fut pas bien dangereuse pour l’occupant: il avait été arrêté pour voies de fait envers des soldats allemands, et pour avoir crié “Vive De Gaulle”.

On connait la suite. Le courage des condamnés, entassés dans des camions, qui quittent le camp de Choisel en chantant la Marseillaise et le Chant du Départ pour se diriger vers la carrière de sable, 2 kilomètres plus loin, où ils seront exécutés. On sait aussi qu’ils refuseront d’avoir les yeux bandés. Quant à Guy Môquet, il était déjà inanimé au moment de tomber sous les balles allemandes, ainsi que l’écrit Jean-Pierre Azema dans la revue “L’Histoire” de septembre (« Guy Môquet, Sarkozy, et le roman national »). Que s’est-il passé ? Je ne sais pas. Peut-être a t-il été estourbi par ses camarades, pris de pitié pour le pauvre gamin. Plus probablement s’est-il évanoui, submergé par la peur de mourir, lui qui voulait tant vivre. Je préfère qu’il en fut ainsi.

Jean-Pierre Timbaud, lui, regardera la mort en face. On dit qu’il cria, devant le peloton d’exécution, un superbe “Vive le Parti Communiste allemand”. Est-ce vrai, est-ce faux ? Cela a t-il été inventé par Jacques Duclos qui voulait faire “un monument” des martyrs de Châteaubriant ? Mon opinion est faite: c’est trop beau pour ne pas être vrai. Quelques semaines plus tard, Léon Blum, au cours du procès de Riom où il est mis en accusation, évoque la mémoire du “petit Timbaud”. Il serait mort, dit-il, en chantant la Marseillaise. Pas celle des cérémonies officielles, précise t-il, celle de Hugo, “ailée et volant dans les balles”. Les deux versions ne sont pas contradictoires, car compatibles chronologiquement.

La différence entre Jean-Pierre Timbaud et Guy Môquet, c’est celle qu’il y a entre un homme et un jeune adolescent. Cela ne s’improvise pas de devenir un homme, cela prend du temps, et parfois de l’effort. On en voit certains qui, à l’âge adulte, n’ont pas encore quitté les rivages de l’enfance. Pour les femmes, je ne sais pas. Je ne suis pas compétent. Ce que je sais, c’est qu’il est très rare qu’on fusille une femme. On dit que Mata Hari fut digne et courageuse devant la mort. Mais on lui avait aussi bandé les yeux. Les hommes sont pudiques: ils n’aiment pas qu’une femme regarde la mort en face, surtout quand c’est eux qui tiennent le fusil. Ça les gêne.

Guy Môquet n’est pas mort parce qu’il avait été un résistant: on sait qu’il ne le fut pas. Il n’est pas mort non plus parce qu’il était communiste: il ne figurait pas sur la liste de Pucheu. D’ailleurs, peut-on vraiment qualifier de communiste un adolescent de 16-17 ans, qui n’a qu’une idée en tête : défendre son père, député communiste, emprisonné en 1939 sous l’effet des décrets Daladier ? Contrairement à ce qu’on a dit, il ne s’est pas sacrifié: il voulait vivre. Tant pis pour la légende. Tant pis pour l’historiographie communiste, qui a toujours voulu faire croire que Guy Môquet figurait sur la liste de Pucheu, que les 27 faisaient partie des 61. Parce que ça arrangeait le Parti, parce qu’il fallait absolument que ce destin tragique soit érigé en monument à la gloire des communistes. Parce que quand la politique s’y mêle, la mémoire doit supplanter l’histoire.

Tant pis pour Guy Môquet ? Je ne le pense pas. Car son destin touche à l’universel: il est mort parce qu’il était jeune. Ou plutôt, il était jeune à en mourir. On voit bien la forte signification de l’évènement, sa charge symbolique: le monde des adultes sait toujours, quand il le faut, quand il se sent en danger, demander des comptes à la jeunesse. Pour les adultes, la jeunesse n’est pas nécessairement le temps de l’innocence. C’est surtout vrai quand les temps sont tragiques et excessifs. Mais c’est également vrai en des temps plus apaisés. Ne le voit-on pas aujourd’hui encore avec cette affaire de suppression de la majorité pénale pour les mineurs récidivistes ? A sa façon, Sarkozy, lui aussi, nous dit que la jeunesse n’est pas une excuse. Les jeunes ont tout à craindre des adultes quand ceux-ci ont peur ou se sentent menacés.

On voit aussi tout le parti que peut tirer un professeur de cette histoire tragique et édifiante. Formidable leçon de morale, à la fois humaine et civique: la jeunesse n’est jamais à l’abri de la cruauté du monde. Sans doute les jeunes s’en doutent-ils déjà ; ils ne sont pas débiles à ce point. Mais cela vaut la peine que le professeur réserve une séance pour en parler avec eux.

On le sait, beaucoup de professeurs ont refusé de lire la lettre. Attachés à n’enseigner que la vérité, ils ont bien vu que cette commémoration fleurait bon la manipulation, de tout côté d’ailleurs (Guy Môquet avait-il des compagnons ou des camarades ? La belle controverse !). Mais peut-être l’auraient-ils fait si on avait pris la peine de leur dire exactement la vérité sur l’histoire de Guy Môquet. Car dès lors qu’il s’agit d’enseigner la vérité à leurs élèves, on sait que les professeurs répondront toujours présent.

Même si c’est Sarkozy qui le leur demande.

René Fiévet

03.11.2007

Lettre d´argentine

Amigas, Amigos,

Je vous écris de Buenos Aires où je suis arrivée vendredi et où j’ai rencontré Cristina Kirchner, candidate favorite de l’élection présidentielle argentine. Ne soyez pas surpris par la graphie de cette petite lettre depuis l’hémisphère sud : je l’ai tapée pour partie sur un clavier espagnol qui ne comporte pas les mêmes signes et, après transfert sur un “azerty” francophone, les corrections laissent certainement à désirer ¡

Vendredi, donc, arrivée dans cette ville qui est vraiment l’une des plus belles du monde. Les valises sont restées à l’escale de Sao Paulo mais qu’importe ¡ Il faut savoir voyager léger...

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